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Tous les voyants sont au rouge

Posted on décembre 15, 2021 at 16:55

L’APLI (Association des Producteurs de Lait Indépendants) est née peu avant la grève du lait de 2009. Elle se mobilise depuis 10 ans au travers d’actions fortes incluant la création d’un lait équitable, d’une organisation de producteurs transversales et d’un engagement européen au sein de l’European Milk Board. Son indépendance fait sa force : n’étant rattaché à aucun syndicat agricole ni mouvement politique, elle est composée d’éleveurs laitiers qui bien décidés à vivre de leur métier.

Tribune du 15 décembre 2021

Inflation.

14%, soit 1740 milliards de dollars de plus qu’en 2020. Voilà la facture annoncée par la FAO dans son dernier rapport semestriel sur l’alimentation. L’indice des produits alimentaires de base est propulsé à son plus haut niveau depuis la crise de 2011. Il impacte déjà les importations, avec des conséquences graves sur les pays les plus pauvres, mais pas seulement. En Europe et en France, l’augmentation des matières premières et services agricoles se répercute sur les coûts de production engagés par les producteurs pour nourrir le pays.

Selon Benoit Rouyer, économiste au CNIEL : « Les cotations du beurre et de la poudre de lait écrémé s’envolent, mais les charges flambent aussi. Quasiment toutes les charges sont concernées par cette inflation : aliments achetés, matériaux, emballages, énergie. » Jusque-là, nous sommes d’accord. Mais il poursuit : « elles menacent les niveaux de marges des exploitations d’élevage et des laiteries. »…

… Quelles marges ? Les éleveurs vendent depuis des années leur production en dessous de ce qu’elle leur a coûté ! En cette fin 2021, il n’est plus question de réduire nos marges, mais d’accélérer les faillites !

Au Canada, La Commission canadienne du lait (CCL) recommande non seulement une augmentation de 8,4 % des prix du lait à la ferme pour faire face à cette inflation, (avec des augmentations des prix en rayons), mais aussi de baisser les volumes de production. En France, rien n’est prévu pour aider les producteurs.

Le panier moyen des Français va bien augmenter : mais pas le prix payé aux éleveurs.

Preuve en est de l’écart entre le prix payé au producteur de lait et le prix du lait SPOT que les industriels continuent de s’échanger à un tarif qui devrait être celui des producteurs. Après avoir atteint les 500 €/1000 litres en octobre, tout le monde s’attendait à une redescente rapide du SPOT, mais il n’en fut rien. En ce moment, il s’échange à 450 €/1000 Litres départ quai usine dans l’Ouest. A l’APLI, nous avons bien relu nos payes de lait, et nous sommes formels : les prix de base imposés aux producteurs en cette fin d’année sont de 33 à 39 centimes le litre. Bien loin donc de ce dont les industriels sont capables lorsque le lait manque.

Pendant ce temps, la situation dégénère partout en Europe. Selon l’European Milk Board, 21% des coûts de production des producteurs européens ne sont pas couvert par le prix du lait.

A noter que les augmentations de charges, lorsqu’elles touchent les industriels, entraînent automatiquement une augmentation du prix en rayon. En revanche, lorsque ce sont les charges des producteurs qui augmentent, leur prix de vente lui n’augmente pas, au contraire : ils restent l’éternelle variable d’ajustement ! « Le prix du transport ou de l’emballage augmentent ? Alors payons le lait moins cher ! »

Les coûts de productions pourraient être payés mais ne le sont pas.

Nous le savons désormais, les industriels sont capables de payer le lait à un bien meilleur prix que ce qui est pratiqué. Les mauvaises habitudes ont la peau dure, et contrairement à ce que veulent nous faire croire les beaux discours des uns et des autres, Egalim 2 ne nous aidera pas plus qu’Egalim 1.

Rappelons d’abord que seule 40% de la production est concernée par les mesures Egalim, puisque les marchés RHD et nos exportations européennes comme internationales ne sont pas pris en comptes par ces textes et vont continuer à tirer les prix vers le bas.

Rappelons ensuite que la loi n’impose pas de minimum à respecter, tandis que le rapport de force avec les coopératives et la grande distribution est perdu d’avance. Vous n’êtes pas d’accord avec le prix qui vous est proposé ? Pas de problème : ils casseront les négociations et iront voir ailleurs. Pourquoi pas à l’étranger. Pourquoi pas en important.

Que ce soit dit une bonne fois pour toute : maintenir le tissu de production national en bonne santé ne les intéresse pas. Le marché est mondial, la concurrence est mondiale, l’inflation est mondiale. Et ils vont là où ils peuvent faire le plus de bénéfices possibles. Point.

N’exportons pas nos problèmes.

Tous les voyants sont au rouge. Et plutôt que de régler nos problèmes ici en augmentant le prix payé aux producteurs grâce au mécanisme de régulation qui a déjà fait ses preuves en 2016, on préfère les exporter tels quels. Les surplus de production qui tirent nos prix vers le bas sont par exemple envoyés par contenaires en Afrique de l’Ouest sous forme de poudre de lait. A très bas prix, jusqu’à 50% du prix du vrai lait local. Ré-enrichie en huile de palmes et autres produits bons pour la santé et la planète, ce lait qui n’en est plus fait concurrence aux producteurs locaux. Incapables de rivaliser en termes de prix. 

Nous le dénonçons depuis des années. En 2021 le rapport de Michèle Rivasi vient enfin appuyer au niveau européen nos propos et ceux des ONG mobilisés sur le problème depuis des décennies.

Du lait bien vert ? Oui, mais…

Pendant ce temps, l’UE parle, dans son programme “de la ferme à la fourchette”, et d’un “pacte vert”. Ce Green Deal, nos agriculteurs de l’APLI y sont favorables et sont conscients de son importance… Car le climat est le premier élément avec lequel nous travaillons et, faut-il le rappeler, nous impacte directement et à tous les niveaux de notre activité. De nos sols à nos bêtes en passant par ce qu’elles mangent : nous sommes touchés.

Alors le green deal, oui, mais sans producteurs, ça va être compliqué à mettre en œuvre ! Et à ce rythme, des producteurs, il ne va plus en rester beaucoup, y compris en bio… Les coûts actuels de production du lait biologique sont bien supérieurs à ceux du conventionnel et les produits laitiers biologiques sont actuellement en surproduction pendant que la consommation baisse, ce qui ne va pas arranger les choses. La situation, qui impacte évidemment le prix payé aux producteurs bio, a entrainé un communiqué de Biolait appelant chaque foyer français à acheter un pack de lait bio, afin de réguler un marché dangereusement déséquilibré.

Donc OUI pour un passage au vert, mais comment faire lorsque tous les voyants sont au rouge ? Là encore de respecter les coûts de productions que ces changements vont impliquer !

Quand les voyants sont au rouge, il faut s’arrêter.

Le système est en panne : le tissu rural se déchire, malgré les attentes de la société, même les éleveurs bio ne s’en sortent pas, et pour eux comme pour les autres : pas assez de jeunes pour reprendre les exploitations tandis que d’autres déclarent faillites… Toutefois le diagnostic est là, posé par les éleveurs eux-mêmes aussi bien que par les économistes et les quelques élus qui ont fait l’effort de se pencher sérieusement sur ces questions. Les solutions ? Il y en a ! Elles existent et cela fait 12 ans que nous nous battons, ne serait-ce que pour les présenter et les tester !

Régulation de la production avec arrêt des exportations quand il n’y a pas de plus-value, mise en place d’OP transversales et inter pays en Europe pour renforcer le pouvoir du paysan dans ses négociations avec les industriels et la grande distribution, soutien des états au développement d’un vrai lait équitable sur tout le territoire européen… Nous le martelons.

Le combo panne-diagnostic-solutions est clairement posé, même le devis est sur la table. Pourtant, rien n’y fait ! De l’autre côté, dans les hautes sphères qui « comprennent » et qui « gèrent », on croit toujours que la panne n’a pas encore eu lieu, et on continue de penser et d’agir sur des bases qui ne touchent plus terre depuis longtemps, avec des interlocuteurs dont les intérêts dépassent de bien loin ceux des éleveurs qui, mois après mois, constatent qu’on leur paye leur lait après s’être payé leur tête. Les solutions ? Notre ministre de l’Agriculture refuse ne serait-ce que de les entendre, alors qu’elles sont nées sur son propre territoire, la France. Nous qui avons les pieds sur terre de gré ou de force, devons user moral et salive devant les gardiens hors-sols d’un système obsolète. Tous prônent un avenir meilleur, aucun n’est capable de passer le cap des 10 centimes qui nous séparent encore de l’avenir tout court.

Adrien Lefèvre

Président de l’APLI France

president@aplifrance.fr

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